Le vampire -2-

Le vampire -2-
Il y a quelques temps j'avais posté un texte intitulé "Le Vampire". Je l'ai réécrit il y a peu pour participer au concours d'écriture PIJA mais il n'a pas été séléctionné... Dans un sens, ça ne m'étonne pas trop étant donné qu'il est un peu spécial, il faut l'avouer. Mais je le partage avec vous. Je l'ai développé et de une page, il est passé à trois pages. Ah ! Je tiens aussi à préciser que lorsque j'ai écrit le premier texte, je n'avais pas lu, ni même entendu parler de la trilogie Fascination, Tentation, Hésitation, de Stephanie Meyer. Bon, maintenant je les ai lu (en 3-4 jours ^^'), mais mon vampire s'apparenterait plus à James qu'à Edward (<3) ^^

Le Vampire


Il faisait nu
it, il faisait froid. Dans une contrée éloignée et oubliée, un carrosse avançait, fendant l'obscurité de son cahot régulier. Un cahot qui finissait par bercer la jeune femme dont on distinguait la silhouette à travers la fenêtre du véhicule. Elle était belle comme le jour, mais cette beauté n'avait d'égal que sa suffisance. En effet, en ces temps ancien, les privilèges octroyés à certains provoquaient des changements dans la nature même de l'âme, l'arrogance était maître mot et la préservation de ses biens un souci de premier ordre. Ceux qui ne faisaient pas partie de ces avantagés étaient classés comme de « second ordre » et ne méritaient pas une quelconque attention. La jeune femme méprisait cette caste de petits gens sans la moindre ambition. A ses yeux, elle valait mieux que tout cela.
En cette froide nuit hiv
ernale, elle revenait d'un long et pénible voyage à l'étranger. Là, elle avait pu exhiber ses richesses, sa vanité et se faire connaître dans les plus grandes cours. Mais tout cela n'avait pas été sans l'exténuer et elle n'aspirait désormais plus qu'à une chose : retrouver sa vaste demeure et savourer un repos bien mérité. Elle vivait seule avec pour compagnie ses domestiques. Depuis deux ans, son époux était parti en campagne pour affronter elle ne savait quelle armée. Ces choses là ne l'intéressaient guère. L'homme qu'elle avait épousé était un capitaine fortuné qu'elle connaissait à peine. En effet, nombreux étaient les mariages arrangés. Peut-être était-il maintenant mort sans qu'elle l'ait sue. Peu lui importait.
Un léger soupire so
uleva sa poitrine, écho de l'agacement qu'elle éprouvait pour ce trajet interminable. Tout à coup, comme pour répondre à son désir silencieux, le carrosse s'immobilisa. Dehors, les chevaux hennirent, s'agitèrent. Le claquement sec d'un fouet retentit et tout redevint silencieux. A l'intérieur, la jeune femme n'avait pas esquissé un mouvement, attendant que l'on vienne ouvrir la portière. Cela ne prit que quelques secondes avant qu'un laquais se présente dans une attitude servile que l'on aurait pu considérer exagérée. Sa maîtresse ne lui accorda pas un regard, se contentant d'une grimace dédaigneuse lorsqu'elle l'effleura en sortant. Dehors, elle resta quelques secondes à observer le magnifique château lui faisant face. La bâtisse flattait son orgueil de la plus belle façon qu'il soit. Même la nuit, elle gardait une certaine majesté avec sa façade d'un blanc parfait, ses fenêtres nombreuses, l'élégant escalier qui menait au porche, puis au hall.
Enfin, elle était d
e retour. Elle congédia d'un geste les domestiques qui étaient restés dehors et fit signe à un autre de s'occuper de ses bagages. Elle ne leur parlait que rarement et ne leur adressait jamais un regard. A quoi bon ? Elle traversa les quelques mètres qui la séparait de la demeure et se retrouva réellement chez elle. Elle respira l'air embaumé d'une délicate senteur de fleur. Bien. On avait su tenir les lieux en son absence. La jeune femme se dirigea alors à l'étage, et gagna sa chambre, une vaste pièce séparée en deux par une fine cloison. C'était derrière celle-ci que se trouvait un lit finement sculpté aux draps de soie. Elle rêvait de s'y étendre. Cependant, elle n'en fit rien. Elle alluma une bougie sur une table et alla s'assoir devant sa coiffeuse. Elle détacha sa longue chevelure blonde et entreprit de la brosser avec méthode et soin. Jamais elle ne négligeait son apparence. C'était là la première chose que l'on voyait chez elle et une apparence soignée et élégante faisait parfois bien plus que de longs discours. Elle sourit au miroir, fière de ce qui s'y reflétait lorsque derrière elle, un léger rire retentit. Surprise, elle se releva d'un bond. Qui avait osé ? Elle balaya du regard la pièce et ses yeux s'arrêtèrent sur une silhouette dissimulée dans un coin de ténèbres. Depuis quand était-elle là ? Mais surtout, de quel droit se permettait-elle de violer ainsi son intimité, qui plus est à une heure aussi tardive ? Furieuse, la jeune femme ouvrit la bouche pour exprimer son indignation et...la referma. Brusquement, sans qu'elle sache ni pourquoi, ni comment, elle pu distinguer totalement celui qui se trouvait là. Comme si un voile s'était mystérieusement levé. Il s'agissait d'un homme. Il était là, assit nonchalamment dans un fauteuil, une lueur amusée dans un regard sombre et froid. Pareil à la nuit. Sur sa peau diaphane dansaient les ombres vacillantes de la chambre. Un sourire ourlait ses lèvres fines. Ses cheveux noirs attachés presque négligemment en catogan et ses vêtements simples n'enlevaient rien à l'aura écrasante qu'il dégageait. La jeune femme aurait pu passer des heures à détailler ce visage fin au nez aquilin, ce corps à l'assurance sauvage, ces mains blanches et si fines. Mais malgré tout cela, elle ne pouvait empêcher une part d'elle-même de lui crier de ne pas rester là, de lui ordonner de fuir tant que ça lui était encore possible.
Elle n'écouta pas.
Elle é
prouvait une sorte de fascination pour cet inconnu. Elle était envoûtée par sa grâce féline. Toute colère était oubliée. D'ailleurs, pourquoi avait-elle été en colère ? La réponse essayait de passer outre l'engourdissement de son esprit. En vain. Elle n'était plus capable de réfléchir. Chaque pensée semblait interceptée, happée par une vague invisible avant d'atteindre son cerveau. Combien de temps s'était-il écoulé depuis qu'elle avait vu l'homme ? Une seconde ? Une minute ? Une éternité... Finalement, d'une voix peu assurée, une question parvint à franchir ses lèvres.
« Qui êtes-vous ? »
Le son de sa propre
voix remmena la jeune femme à la réalité. Le voile qui obscurcissait ses songes se déchira, elle cligna des yeux et redevint elle-même.
« Qui êtes-vou
s ? »
La question avait é
té posée avec plus de force et d'assurance. C'était presque un ordre. L'homme sourit de plus belle, et laissa écouler quelques secondes avant de prendre la parole d'un ton posé.
« Qui je suis ? Quelle importance... » Sa voix était à peine plus élevée qu'un murmure, inquiétante comme une menace, mais à la fois attirante et suave. La jeune femme ne se démonta pas.
« Que faites-vou
s ici ? »
« Voilà
une question plus intéressante. » Il avait parlé plus fort, comme en proie à une excitation, une impatience. A nouveau, il se tue comme pour laisser le temps aux paroles qui allaient suivre de prendre toute leur ampleur. L'ambiance était lourde et irréelle. Finalement :
« Disons que l
a faim m'a attiré ici. Ou plutôt... la soif. » Le dernier mot avait été prononcé avec plus d'intensité.
« Que voulez-vous di..
. » La question s'étrangla dans la gorge de la jeune femme.
Son interlocuteu
r avait soulevé la commissure de ses lèvres, laissant apparaître une dentition d'un blanc éclatant, mais surtout deux canines bien plus longues que la norme. La jeune femme réalisa. Une vague d'affolement monta en elle. Elle voulut crier, n'y parvint pas. Ses yeux étaient fixés avec effroi dans ceux du vampire.
Elle recula d'un pas.

Il avança.
Elle recula
à nouveau.
Il refit un pas
en avant.
On aurait pu vo
ir là un curieux pas de deux mais la terreur sourde qui émanait de la femme démentait toute idée de ce type. Elle était une proie avec laquelle le vampire s'amusait, tel un chat avec une souris. Rapidement, la femme se retrouva acculée au mur sans aucune chance de pouvoir s'échapper. Le vampire se trouvait tout près d'elle. Elle respirait son souffle, elle sentait son odeur. Une odeur de mort et de ténèbres. Le vampire se pencha sur elle, s'approcha de son oreille, susurra quelques mots. Elle rougit. Il était si aisé de manipuler les humains. Ces faibles et fragiles créatures. Le vampire descendit dans le cou de la jeune femme, en huma l'odeur, remonta vers son visage. C'était une proie de choix, une belle créature : une longue cascade de cheveux dorés, des yeux d'un azur peu commun à son espèce, une taille fine, un corps gracile, une peau laiteuse mais par-dessus tout un parfum entêtant. La faim tenaillait l'estomac du vampire depuis plusieurs jours. Il avait du se montrer excessivement prudent ces derniers temps. La rumeur de son passage s'était répandue parmi les humains. Mais maintenant qu'il tenait sa victime rien ne l'empêchait d'en profiter. Il avait du temps. Il observa la femme. Celle-ci semblait avoir totalement perdue conscience de ce qui l'entourait. Elle avait totalement succombé au pouvoir attractif du vampire. Toute peur avait disparue, remplacée par un désir ardent. Elle avait maintenant envie qu'il la morde. Son c½ur battait à une allure folle. Le voile était retombé sur son esprit. Elle était faible. Le vampire déposa un baiser sur les lèvres de sa victime puis passa une main autour de sa taille avant de redescendre à nouveau ses lèvres sur son cou. Et, n'y tenant plus, affamé, il plongea ses canines dans la chair de la femme, s'abreuvant de la vie de sa proie. Enfin, rassasié, il laissa tomber la jeune femme, inerte, livide et se glissa silencieusement dans les ténèbres de la nuit, ne faisait qu'un avec les ombres. Pour seule trace de son passage, il n'y avait que le corps de la femme, une marque dans le cou et une odeur sur les lèvres...

Le lendemain, lorsq
u'on découvrit le corps, on murmura le mot 'démon'. Dans les tavernes, on devint silencieux comme si l'on craignait de s'attirer les foudres de quelque entité malfaisante. Un climat de peur et de doute s'installa. Le moindre étranger se trouvait repoussé. Nul n'osait évoquer réellement l'affaire du château. Plus personne ne s'aventurait dehors la nuit. Toute disparition devenait l'½uvre du Diable. L'histoire devint une fable, la fable une légende. Aujourd'hui encore, on entend parler de la mystérieuse créature qui a un jour sévie chez les hommes. Mais depuis longtemps, le vampire est loin. Peut-être est-il encore à la recherche d'une proie pour assouvir sa soif.
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# Posté le vendredi 25 juillet 2008 11:51

Un café s'il vous plaît

Un café s'il vous plaît
Aujourd'hui je vous présente un texte assez court qui n'est autre que celui de mon bac de français de l'année dernière. Bien évidemment, je me suis directement ruée sur l'invention et le sujet était tellement génial que j'ai pas résisté... D'ailleurs, j'avais commencé depuis une heure l'invention avant que je me mette à regarder les sujets de dissert' et de commentaire x) Vous pouvez retrouver le sujet . Pour les curieux, j'ai eu 13/20 (je ne sais pas combien sur 16 pour l'invention).
Sinon, pour le texte en lui-même, bah plus ou moins volontairement j'ai décrit un personnage de manga (Zangestsu dans Bleach) et donc je me suis bien amusée (j'avais le sourire jusqu'aux oreilles devant ma copie xD). Sinon, je me suis également amusée à faire monter une espèce de tension face à l'arrivée de l'homme dans le café pour la faire totalement retomber à la fin. Est-ce que j'ai réussi mon effet ?


Un café s'il vous plaît.

Quand tout est prêt, la lumière s'allume... Une lumière douce et tamisée n'éclairant pas les coins les plus éloignés de la salle. Derrière le comptoir, le patron sort doucement de sa torpeur. Il s'éveille. Il tourne la tête en direction d'une petite horloge. Presque sept heures. Il n'attend pas les clients avant une heure au moins. Mais les évènements en ont décidés autrement, mettant en place quelque plan connus d'eux seuls, jouant avec le temps comme avec les hommes. Tic-tac, Tic-tac. Sur l'horloge l'aiguille se déplace imperceptiblement. Sept heures une. La porte s'ouvre.
Un
courant d'air s'engouffre dans le café, faisant tinter les verres suspendus au-dessus du patron. C'est un son curieux. Mélodieux et inquiétant à la fois. Une inquiétude que l'on pourrait tout aussi bien apparenter à l'homme qui vient d'entrer. Derrière lui, la porte s'est refermée, chassant la soudaine clarté qui s'était alors installée. Replongeant la salle dans son état initiale. La lumière s'affaire autour de l'homme, cherchant à le percer à jour, à éclairer ses ombres. En vain. D'un geste ample, comme pour chasser cette lumière irritante, il passe une main blanche, large et calleuse sur son visage émacié encadré de longs et épais cheveux bruns. Il avance d'un pas, faisant jouer derrière lui son long manteau sombre et défraichi. Il fait un autre pas, avançant sans effleurer une table, ni même une chaise. Comme si les lieux lui étaient aussi familier qu'au patron qui l'observait derrière son comptoir.
Finale
ment, après quelques enjambés, l'homme s'arrêta à une table où il s'installa dos à la porte, face au patron, laissant enfin voir son visage. Il arborait le teint pâle de ceux qui sortent peu. Des ombres y dansaient et jouaient avec les contours d'une barbe mal taillée qui paraissait vouloir cacher la maigreur de son propriétaire. Sans se préoccuper du patron qui le dévisage, l'homme tire de sa poche deux petits objets, en met l'un entre ses lèvres fines. Une cigarette, un briquet. D'un geste nonchalant, il utilise le dernier pour allumer la première et, durant quelques secondes, le patron aperçut à la lueur de la flamme rougeoyante le regard de l'homme. Deux iris bruns et indifférents surmontées de deux sourcils perpétuellement froncés qui se relevèrent vers le comptoir. Alors seulement l'homme s'intéressa au patron. Il le détailla un instant puis, avec un sourire aimable, demanda d'une voix grave et posée : « un café s'il vous plaît. »

# Posté le dimanche 11 janvier 2009 14:44

Modifié le dimanche 11 janvier 2009 15:22

Miranda

Miranda
Voici une réécriture de La fille de la mer.
J'ai pas mal modifié l'histoire (ce qui n'est pas plus mal en soi...) comme vous le verrez par vous même en lisant. J'ai également changé le titre, préférant Miranda, car il s'est tout simplement imposé de lui-même et quand je l'ai écrit ça a fait "waou" dans ma tête et rien d'autre n'a voulu prendre la place de ce titre ^^
A la base j'ai réécrit ce texte pour ma soeur en guise de cadeau de Noël (avec Le Vampire et Aladdin) mais après pas mal de réflexion interne, je me suis dis que je pourrais vous le faire partager parce que franchement, la version précédente est à pleurer tellement elle est affreuse x) (et dites pas le contraire pour me faire plaisir, c'est la vérité u.u).
Donc voici Miranda =) J'espère qu'il vous plaira plus que le premier ^^
Ah et pendant que j'y suis ! Je l'avais rapidement mentionné la dernière fois, mais le tableau de John William Waterhouse qui illustre ce texte (Miranda, The tempest) est donc une représentation tiré de la pièce The tempest de Shakespeare. Je vous conseille de la lire, elle est sympa et pas trop longue =) Et pis Shakespeare c'est bien *.*

Désolé pour l'absence de couleur, skyrock veut pas que j'en mette... u.u

MIRANDA


Vide. L'horizon demeure vide. Les vagues de la marée montante viennent caresser les pieds nus d'une jeune femme. Ses longs cheveux rougeoyant volent autour d'elle au gré du vent. Aura de feu. Ses yeux sombres sont vides. Cendres. Un ruban doré retenant sa chevelure s'envole au loin, se fait happer par une vague gourmande. La jeune femme ne s'en aperçoit pas. Pas plus qu'elle ne s'aperçoit des regards curieux qui se posent sur elle depuis le port tout proche. Elle attend, immobile, telle une statue.
Les heures coulent et s'écoulent inlassablement, le soleil décroit doucement, inconscient du regard impavide que lui lance celle qui lui fait face, avant de finalement disparaître de l'horizon pour laisser place à la lune. L'astre de la nuit semble émerger des profondeurs de l'océan comme pour veiller cette femme immobile. Et, petit à petit, le bruit de la ville, le bruit de la vie, s'estompe, uniquement brisé par les vagues caressant doucement le sable. Mais le silence est fait pour être brisé et tout à coup, une voix retentit. Lointaine d'abord, puis de plus en plus proche, suffisamment pour qu'il soit possible de discerner des mots. Ou plutôt un mot. Un nom.
« Miranda ! »
Un garçon courait sur la plage, une inquiétude croissante dans la voix. Apercevant enfin la pâle silhouette de la jeune femme, il accéléra encore le pas. Pourquoi ne répondait-elle pas ? Il appela à nouveau sans que la dénommée Miranda ne lui accorde un regard ou ne réagisse. Enfin, le jeune homme arriva à sa hauteur, essoufflé, les joues rougies par l'effort. Un certain soulagement se lisait sur son visage juvénile mais celui-ci était partiellement annihilé par la flamme furieuse qui dansait dans ses yeux. Pendant un instant, il ne dit rien, plié en deux, reprenant sa respiration après sa course puis il se redressa et se planta devant la jeune femme.
« Miranda... »
Aucun geste, aucun mot.
« Miranda. »
Le ton fut plus ferme, la réaction identique.
« Miranda ! »
Un cri, comme désespéré. Elle cilla. Pendant une minute qui parue une éternité, les deux protagonistes se dévisagèrent. L'une comme peinant à comprendre ce qui se passait, l'autre semblant implorer une aide quelconque. Finalement...
« Nathan ?
- Non. Je ne suis pas Nathan. Je suis Will, ton autre frère.
- Ah...
- Mais... Oh bon sang Miranda ! Mais qu'est ce qui te passe par la tête ?! Maman est morte d'inquiétude ! Tu ne vois pas l'heure qu'il est ? Ne refais jamais une chose pareille !
- Désolé.
- Pourquoi n'as-tu pas répondu quand je t'ai appelé ? Tu ne m'as pas entendu ?
- Non. »
Le jeune homme soupira. Il lui semblait impossible de tirer plus de deux mots à sa s½ur. Cela faisait plusieurs semaines qu'elle était dans cet état second. Elle avait des absences, répondait par monosyllabes dès qu'on lui adressait la parole et puis il y avait ce regard vide et mort. Tout cela depuis l'accident.

Il avait eu lieu deux mois auparavant sans crier gare, sans que quiconque ne s'y attende. Ca avait été un de ces évènements si brusque et impromptu qu'il en devenait absurde. Un de ces évènements qui vous brisait une vie. C'était jour de fête dans le petit bourg maritime où vivaient Miranda et sa famille. La fête du solstice d'été. C'était à cette période que l'on célébrait le départ des nouveaux marins, le retour des plus anciens et que l'on faisait la fête en général. Comme chaque année, Nathan avait été très excité par ce jour. Nathan, le frère jumeau de Miranda. Depuis leur plus tendre enfance, il n'avait eu de cesse de répéter qu'un jour il voguerait sur les océans avec son propre navire, qu'il trouverait des trésors encore inconnus et chasserait les pirates qui sévissaient sur les flots. Aussi, chaque année, il annonçait qu'au solstice il partirait avec les autres matelots sans jamais le faire pour autant. Cette année là n'avait pas fait exception. Faisant preuve de son habituel enthousiasme, il en avait parlé encore et encore, préparant des affaires, affirmant que ce serait le grand jour, qu'il allait amener gloire et fortune à la famille par son épopée. Personne n'avait cherché à le contredire ou à le dissuader de cette idée. Ils avaient juste souris à sachant pertinemment qu'il reviendrait sur sa décision le lendemain, prétextant que finalement il attendrait encore un an car on avait encore besoin de lui à la maison. Will avait toujours été étonné par son attitude puérile qui contrastait tant avec le caractère de Miranda, bien que les deux se ressemblaient comme deux gouttes d'eau. Alors que l'un était extraverti et débordant de vie, l'autre était calme et discrète. Le jour et la nuit. Ils se complétaient parfaitement et les imaginer l'un sans l'autre était totalement impossible. On ne les voyait jamais séparés, toujours en train de parler, de marcher ou tout simplement affairés à une tâche quelconque. Un étrange duo. Will s'était toujours interrogé sur ce qu'il se passerait si l'un venait à tomber amoureux. Cela les aurait-il éloignés ? Malheureusement, il n'eut jamais l'occasion de le savoir. Tout cela à cause de ce stupide accident. La journée avait touchée à sa fin, les bateaux avaient pris le départ et comme l'on s'y était attendu, Nathan n'était pas parti. Comme tous les ans, il était monté sur le bord de la falaise pour voir tous les navires disparaître dans la vaste étendue de l'océan. Comme tous les ans, il avait adressé de grands signes aux voyageurs. Comme tous les ans... Comment quiconque aurait pu prévoir que la falaise céderait à ce moment ? Comme éternellement figé sur sa rétine, Will revoyait encore l'expression de surprise de Nathan alors que le sol se dérobait sous ses pieds, le précipitant dans une chute mortelle. De même, son cri où se mêlait terreur et surprise, accompagné en écho par celui de Miranda, puis plus tardivement du sien et de celui de ses parents, résonnait toujours douloureusement dans son esprit.
Deux mois. Cela faisait bientôt deux mois que le tragique évènement avait eu lieu. Et si l'ambiance de la maison avait perdu de sa vie et de sa joie de vivre, ses habitants parvenaient maintenant à reprendre un rythme de vie normale, faisant le deuil de Nathan. Mais pas Miranda. Avec Nathan, c'était une partie d'elle qui était morte comme l'avait exprimé sa mère un jour. Ces dernières semaines, elle avait vécu comme un fantôme, une âme torturée incapable de se résigner à regarder la réalité en face. Elle arpentait parfois la maison de long en large, ses yeux fouillant les lieux en quête de quelque chose. Ou plutôt de quelqu'un. D'autres jours, elle restait confinée dans la chambre de son frère, assise sur son lit, sans bouger, les yeux dans le vague. A plusieurs reprises son père avait tenté de la faire réagir, de la déloger de la maison, de la faire sortir, revoir le monde, mais dans ces moments, elle se ranimait et entrait dans une colère noire, refusant de bouger.
« Je ne bougerais pas ! Je l'attendrais ici ! Qu'est ce qu'il va dire si je ne suis pas là à son retour pour le féliciter ? »
Ce fut seulement à cet instant qu'ils comprirent réellement l'attitude de la jeune femme. Son esprit avait tout simplement refusé l'évidence et elle était persuadée que son frère était parti ainsi qu'il l'avait déclaré. Lorsqu'on avait tenté de lui faire entendre raison, elle n'avait rien écouté, niant tout en bloc, se raccrochant à ce qu'elle croyait. Ils avaient donc abandonné, pensant qu'avec le temps elle parviendrait à réaliser. Mais les jours s'étaient écoulés sans que rien ne vienne ébranler les certitudes de la jeune femme. Et depuis peu, elle s'était mise à disparaître de la maison sans prévenir, se rendant dans les lieux qu'elle fréquentait habituellement avec Nathan et y restait des heures durant sans conscience du temps. Ces soudaines disparitions causaient toujours beaucoup d'inquiétude à ses proches et comme ce soir, ils devaient partir à sa recherche pour la ramener chez eux.

Will soupira en se remémorant le fardeau qui pesait désormais sur ses épaules. Il était plus jeune que Miranda mais pourtant devait la surveiller lorsque ses parents travaillaient, devait assumer les responsabilités et les tâches qui incombaient en temps normal à la jeune femme, aujourd'hui incapable de les assurer. Mais plus que tout il devait supporter de la voir ainsi, simplement ombre d'elle-même. Ses parents avaient abandonné la partie, mais pas lui. Il n'acceptait pas de la voir se détruire de cette manière sans s'en rendre compte. Il n'acceptait pas qu'elle s'oublie pour la pensée d'un disparu.
« Viens, il faut rentrer maintenant. »
Il savait cette phrase inutile. Il savait qu'elle ne l'écoutait déjà plus et que c'était à lui de la reconduire jusqu'à leur demeure. Il savait qu'en rentrant il verrait le regard soulagé puis attristé de sa mère, celui désespéré de son père en voyant leur fille rentrée mais toujours dans le même état. Il savait et cela le minait de l'intérieur. Alors, encore une fois, il voulait résonner Miranda. Résolu, il s'agenouilla devant elle. Elle n'avait pas bougé depuis son arrivée. Cette fois-ci, il savait qu'elle l'écoutait. Inconsciemment, elle assimilait l'arrivée de son frère sur la plage avec la nécessité de manifester un peu d'attention à ce qui se passait autour d'elle, ne serait-ce que pour faire le chemin du retour.
« Tu sais, je crois que tu devrais arrêter de te conduire de la sorte. Ca inquiète tout le monde et tu te fais du mal.
- Désolé.
- Ne t'excuse pas ! Fais ! Tu agis comme une morte depuis que Nathan est...
- Non. Je l'attends. Il a promis qu'il reviendrait vite.
- C'est faux Miranda. Tu le sais aussi bien que moi. Il ne reviendra pas.
- Il l'a promis !
- Non. Il est mort. Nathan est mort. Il est tombé de la falaise. Il ne s'est pas embarqué dans un quelconque navire. »
Il en coûtait au garçon de proférer de telles paroles, de lui assener ainsi la cruelle vérité, mais c'était le seul moyen de faire bouger un peu sa s½ur. Cette dernière avait les yeux écarquillés, effrayés, cherchant de tous les côtés une échappatoire à ces souvenirs qui tentaient de franchir la barrière qu'elle avait érigée dans son esprit. Nathan qui tombait, Nathan qui criait, Nathan qui disparaissait. Non ! Nathan qui lui souriait. Nathan qui était heureux. Nathan qui lui promettait de revenir après avoir trouvé un trésor. Oui, c'était cela la vérité, tout le reste n'était que tromperie. Doucement, ses yeux perdirent l'éclat d'horreur qui avait dansé un instant avant de redevenir ternes et sans vie. En face d'elle, Will avait réalisé ce brusque accès de conscience et l'espace d'une folle seconde avait cru réellement que sa s½ur était enfin sortie de cette torpeur macabre dans laquelle elle s'était enveloppée. Mais non, tout cela n'avait duré qu'un instant, trop fugace pour basculer dans la réalité, mais pourtant suffisamment intense pour être porteur d'espoir.
« S'il te plaît Miranda. »
Mais il était déjà trop tard. La jeune femme était retournée dans son monde d'attente et d'inconscience, là où rien ne pouvait l'atteindre. Seule une larme qui avait coulé sur sa joue prouvait qu'il s'était passé quelque chose. Elle l'essuya machinalement en se levant pour rentrer. Elle ne voulait pas rester ici et entendre à nouveau son frère proférer des absurdités. Elle devait rentrer, se coucher pour revenir ici le lendemain à l'aube. Réalisant qu'il avait encore une fois échoué, Will la suivit sans un mot. Pourtant, il se savait proche du but. Il avait réussi à l'ébranler ce soir. Confiant dans l'avenir, ce fut avec un nouvel espoir qu'il rentra, nullement abattu par l'ambiance sombre de la maisonnée. Il croyait en la guérison de sa s½ur. Il avait besoin d'y croire.

Mécaniques. Tous les gestes de Miranda étaient mécaniques. Inconscients, organisés seulement autour des habitudes enregistrées par le corps de la jeune femme. Plus encore que les semaines précédentes, elle s'était détachée de toute pensée, refusant de réfléchir, refusant de laisser les paroles de Will pénétrer son esprit et mettre en péril les fragiles certitudes qu'elle était parvenue à mettre en place. Nathan était partit. C'était l'absence de ses sempiternelles plaisanteries qui rendait la maison si froide. Rien d'autre. Will avait tout simplement cherché à la provoquer parce qu'il devait faire les corvées de Nathan. Ca avait été méchant de sa part de proférer de telles absurdités mais il était jeune, il était normal qu'il ne parvienne pas encore à dominer ses émotions. Mais alors pourquoi se sentait-elle si mal ? Pourquoi avait-elle envie de pleurer ? Pourquoi avait-elle l'impression d'avoir un trou béant à la place du c½ur ? Une part d'elle lui disait de ne pas prêter attention à ces questions, des les ignorer, de les refouler dans un coin pour ne plus jamais y penser. Cependant, elles revenaient sans cesse l'assaillir et la torturer. Elle ne voulait se concentrer sur rien et laisser sa léthargie l'envahir à nouveau. Dormir ! Il fallait qu'elle dorme pour que ces pensées la quittent. Sans faire attention où elle posait ses pieds, elle se dirigea vers sa chambre, buttant au passage contre un meuble, trébuchant dans un pli de sa robe avant de finalement atteindre sa chambre, puis son lit. Elle se laissa tomber sur l'épais matelas et ferma les yeux, cherchant l'issue qui lui permettrait d'échapper à ses sombres réflexions. Etrangement, elle s'endormit rapidement, s'enfonçant dans un lourd sommeil. Sommeil dans lequel elle se retrouva rapidement en train de contempler un horizon où une dizaine de bateaux se dirigeaient. Tiens, cela ressemblait étrangement au départ du solstice d'été. Elle tourna la tête pour observer les lieux et se rendit compte qu'elle était sur la falaise, quelques mètres derrière Nathan qui saluait les navires. Oui, c'était bien le solstice. Mais, si les bateaux étaient partis, pourquoi Nathan était-il toujours sur la falaise ? Il devrait être dans l'un de ses navires, rayonnant de bonheur face à la réalisation de son rêve. Quelque chose n'allait pas. Elle avait un mauvais pressentiment. Elle ouvrit la bouche pour héler son frère, lui dire de revenir vers elle, mais aucun son ne franchit ses lèvres. Elle tenta alors de bouger pour le rejoindre et le ramener, mais ses jambes semblaient être devenues de plomb. Elle tourna la tête, en quête d'une aide quelconque, mais Will et ses parents étaient plus bas, impossibles à atteindre. Affolée, elle reporta son attention sur Nathan. Il observait toujours l'océan, rayonnant de bonheur comme tous les ans à cette période de l'année, ne remarquant aucunement la panique de sa s½ur, ne sentant pas le sol trembler légèrement sous ses pas. Miranda, elle, voyait le morceau de roche se détacher peu à peu sous Nathan. Puis, soudainement, se libérer totalement de la falaise à l'instant même où elle retrouvait sa capacité à se mouvoir et à parler. Elle vit avec horreur la terre s'effondrer, Nathan tomber. Elle entendit parfaitement ce cri d'angoisse pure qui sortait des lèvres de son frère, puis le sien, identique par sa terreur qui appelait son frère avec tout ce qu'elle avait en elle. Un cri déchirant, emplie d'une douleur intense, fulgurante, avant de tomber, s'effondrer sans tenter de se relever, consciente sans l'être, cherchant à se fondre dans la terre, de juguler cette souffrance qui la tiraillait en tout sens, à faire disparaître cette terreur de voir l'être à qui vous tenez le plus se faire arracher à vous sous vos yeux.
« Nathan... »
Murmure.
« NATHAN ! »
Plainte déchirante.
Elle s'éveilla en sursaut. La sueur de son visage se mêlait aux larmes irrépressibles causées par son cauchemar. Tout son corps était parcouru de tremblements, sa respiration se faisait irrégulière, haletante. Elle ne réalisait pas. Elle ne voulait pas réaliser. C'était au-dessus de ses forces. Cet évènement qu'elle avait refoulé depuis des semaines ne pouvait pas apparaître de cette manière. D'ailleurs ça ne s'était pas réellement produit. C'était juste un délire de son cerveau fatigué par les longues heures d'attente. N'est-ce pas ? Rien de plus. Rien d'autre. Juste un délire. C'était uniquement cela. Elle avait juste imaginé cette surprise emplie d'effroi sur le visage de son frère qui tombait d'une falaise pour aller se briser dans l'océan des dizaines de mètres plus bas. Elle eut un rire nerveux face à sa propre stupidité. Elle était idiote. Elle ne devait pas douter ainsi du départ de Nathan, c'était lui faire offense que de le croire... De le croire... Oui, il était partit en bateau comme il en rêvait. Il lui suffisait juste d'aller jusqu'à la falaise pour voir que tout ceci n'était qu'une énormité.
Alors, fébrilement, Miranda se leva, et traversa rapidement la pièce qui la séparait de la porte d'entré avant de courir dehors. L'aube naissante faisant scintiller la rosée matinale donnait à la scène une sorte d'irréalité. Miranda n'en avait que faire. Elle courait, les pieds nus, sans se soucier des écorchures que la route lui causait. Elle courrait comme si sa vie en dépendait. Elle devait en avoir le c½ur net. Elle devait voir de ses yeux que la falaise était intacte, que rien n'avait changé, qu'elle avait imaginé la terrible scène. Finalement, après plusieurs minutes d'une course effrénée, elle parvint à son but. A cette falaise qu'elle connaissait par c½ur, sur laquelle elle pouvait avancer les yeux fermés pour l'avoir si souvent longée lorsqu'elle était enfant en pure inconscience. Cette falaise maintenant brisée. Pourquoi un large morceau manquait-il à la roche ? Pourquoi y avait-il cette croix blanche et ces fleurs déposées sur sa nouvelle limite ?
« Non... »
Elle dormait encore. C'était juste le prolongement de son cauchemar. Nathan était partit sur un bateau. Elle le savait, elle en était convaincue. Ce n'était pas possible qu'il soit...mort. Ce mot enfin pensé la ramena à la réalité tout en la faisant brusquement basculer dans une nouvelle folie.
Un rire dément sortit de ses lèvres alors qu'elle avança pas à pas vers le bord de la falaise, bras tendus en avant. Nathan était là, un large sourire barrant son visage aux traits si enfantins. Il lui tendait une main pour qu'elle le rejoigne et qu'elle contemple avec lui l'océan. Miranda avançait vers lui, des larmes coulant sans qu'elle puisse les refouler sur son visage heureux. Elle savait qu'il n'était pas mort. Il était toujours là, ne l'avait pas quitté et il ne la quitterait jamais. Alors elle lui prit la main et vint à ses côtés pour à son tour sombrer dans l'immensité de l'océan.

# Posté le lundi 23 mars 2009 15:15